Menue digression autour du lapin blanc


Le petit lapin, Shangaï, Marc Riboud
« Shanghai, 2002. In the garden of the Mandarin Yu, an elegant woman forgot his need for beauty,
which I call the small rabbit of the Mandarin consequently.
« 
Paris, musée national d’Art moderne – Centre Georges Pompidou

Venue admirer les oeuvres de l’exposition « Turner et ses peintres » au Grand Palais, je me suis retrouvée, comme Alice, « de l’autre côté du miroir », pour échapper au bourdonnement sourd d’une foule opaque qui ne me laissait guère le loisir de voir les tableaux.

Parmi les oeuvres des maîtres ayant inspiré Turner, je suis attirée, comme un papillon par la lumière, par la « Vierge au Lapin » de Titien dont les couleurs paraissent d’une vivacité inouïe auprès de celles de Turner.


La Vierge et l’Enfant avec Sainte Catherine dit “la vierge au lapin”, Titien (1485_88-1576),
Paris, musée du Louvre

Peinte au XVIe siècle par Titien, La Vierge au lapin appartient au genre de la Sainte conversation, très représenté dans la peinture religieuse italienne.
Dans ce type d’œuvre né au XVe siècle, la Vierge à l’Enfant est représentée entourée de saints, choisis par le commanditaire du tableau. Dans le tableau de Titien, la Vierge occupe une position centrale, à ses côtés sainte Catherine porte l’enfant Jésus. Le cadre champêtre de cette scène chrétienne est typique des peintres vénitiens du XVIe siècle qui mêlent le symbolisme religieux au naturalisme.

Bien des fois je suis allée voir ce tableau au Louvre, intriguée par la présence du lapin immaculé contrastant sur le bleu franc du manteau de la vierge.

Le nom latin du lapin, cuniculus, est dû à sa propriété de creuser de nombreux cuniculi, « galeries souterraines ».
Étant un animal très prolifique, il est considéré comme un symbole de lascivité, et, surtout à partir de la Renaissance, il figure dans des représentations de scènes amoureuses comme un emblème de la volupté.
Dans la mythologie, le lapin est un attribut de Vénus, comme dans cet étonnant tableau de Piero di Cosimo, où il pose sa tête sur la hanche de Vénus :

Piero di Cosimo, Vénus, Mars et Cupidon, vers 1505, Berlin Gemäldegalerie

Mais dans l’iconographie religieuse, il peut prendre une toute autre signification.
Le lapin blanc de Titien fait référence à la chasteté de la vierge.



Les bestiaires médiévaux citent parfois une autre propriété du lapin ou du lièvre : ces animaux peuvent courir extrêmement vite en montée si bien qu’ils réussissent à échapper à leurs poursuivants. Cette caractéristique a été interprétée comme une image de l’homme qui se tourne et s’élève vers Dieu pour échapper aux tentations démoniaques.



Tenture de la Dame à la Licorne – Le Goût, entre 1484 et 1500, tissage,
Paris, musée national du Moyen Âge – Thermes de Cluny

Dans la mythologie chinoise, le lapin est un animal fabuleux qui réside dans la lune où il broie la pilule d’immortalité.


Bannière, Chine dynastie Ming (1368-1644 ap J.-C.),
Paris, musée Guimet – musée national des Arts asiatiques

Mais mon lapin blanc préféré reste définitivement celui de Lewis Carrol :

« Elle était donc en train de se demander (dans la mesure du possible, car la chaleur qui régnait ce jour-là lui engourdissait quelque peu l’esprit) si le plaisir de tresser une guirlande de pâquerettes valait la peine de se lever pour aller cueillir des pâquerettes, quand soudain un lapin blanc aux yeux roses vint à passer devant elle en courant.
il n’y avait rien là de particulièrement remarquable ; et Alice ne trouva pas non plus très extraordinaire d’entendre le lapin dire entre ses dents : « Oh, là là ! Je vais être en retard ! » ».

Dans les vitrines du Printemps Haussman aussi on pouvait voir le lapin blanc du pays des merveilles en prévision de la sortie du film de Tim Burton.

Ici une photo de Stéphanie Moisan, designer scénographe freelance, jeune diplomée de Penninghen, qui a créé un joli blog : « Le journal des vitrines » où l’on peut faire du lèche-vitrine en pyjama, en restant dans son lit avec un bol de café fumant, devant son écran…

Charles Lutwidge Dogson, alias Lewis Carrol avait dix-neuf ans lorsque Joseph Mallord William Turner est mort en 1851, j’aime à penser qu’ils aient pu se rencontrer : nonsense ?

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