Réminiscences

Bol en céramique, Cécile Donato Soupama, 2008 
/ eau claire et feuilles d’eucalyptus

















« … qu’il s’agît (…) de réminiscences comme celle de l’inégalité des deux marches ou le goût de la madeleine, il fallait tâcher d’interpréter les sensations comme les signes d’autant de lois et d’idées, en essayant de penser, c’est-à-dire de faire sortir de la pénombre ce que j’avais senti… » Marcel Proust, Le temps retrouvé.
Bol en céramique, Cécile Donato Soupama, 2008 
/ eau claire et feuilles d’eucalyptus




















Mon amie Cécile m’offre ce petit bol signé de sa main, un présent délicat qui engendre, fait éclore un frémissement de plaisir : réminiscence à explorer, comme le dit si bien Proust, « faire sortir de la pénombre ce que j’ai senti ».
Il s’agit d’un retour à la conscience d’un faisceau d’images, d’impressions si faibles ou si effacées qu’à peine est-il possible d’en reconnaître les traces. C’est une sensation de délectation qui accompagne la recherche enfiévrée de ces images.
Bol en céramique, Cécile Donato Soupama, 2008 
/ eau claire et feuilles d’eucalyptus, velours doré




















Mon premier Temps retrouvé m’emporte très loin vers l’île de Shikoku, au Japon. Là, sur un lieu élevé qui domine la mer intérieure, se dresse depuis près de trois mille ans le sanctuaire Shintô Konpira-san. À l’automne 2008, quelques uns des trésors de ce sanctuaire ont été transportés au Musée Guimet à Paris, le temps d’une éblouissante exposition.
Konpira-San, Oku-shoïn, chambre supérieure « les Fleurs »
Itô Jakuchu (1716-1800)















À la vue des fleurs peintes par Itô Jakuchû au XVIIIe siècle, je me souviens d’être restée longuement sans voix et sans autre désir que celui de regarder encore et encore.
Konpira-San, Oku-shoïn, chambre supérieure « les Fleurs »
Itô Jakuchu (1716-1800)














Bol en céramique, Cécile Donato Soupama, 2008 
/ eau claire et feuilles d’eucalyptus, velours doré

















« Les fleurs de pommier épanouissent en elles la même essence crémeuse qui poudre encore de son écume les bourgeons des feuilles«  
Marcel Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleur.
Konpira-San, Oku-shoïn, chambre supérieure « les Fleurs »
Itô Jakuchu (1716-1800)





Plus loin sur ce cheminement, mes pas me conduisent inévitablement vers l’origine de l’art de la porcelaine : la Chine.
Palette à pinceau, porcelaine à glaçure verte, Jingdezhen
H. 1,1cm, L 20cm, l. 12cm 
Dynastie des Qing , règne de Kangxi (1662-1722)

À la fraîcheur réelle et figurée du souvenir de cette palette à pinceau à glaçure verte de la dynastie des Qing (1644-1911), s’ajoute celui, plus ancien mais très doux, d’un petit plat à couverte blanche, en forme de feuille, de celle des Tang .
Plat en forme de trèfle à couverte blanche, grès porcelaineux
H. 2,9cm, ∅ 11,7cm
Dynastie des Tang 唐  (618-907)




Parvenue à ce point de mes recherches d’images, le désir de redécouverte des impressions nées à l’observation de ce bel objet reste inassouvi.

« N’était leur cri
On ne les verrait pas 
Les Hérons blancs
Par ce matin de neige. »
Bol en céramique, Cécile Donato Soupama, 2008 
/ motif japonais en forme de vagues, Seigaiha




C’est la relecture de ce délicieux haïku japonais qui me met sur la voie, celle de l’intériorité, celle du cœur. 
C’est cela, une troublante ressemblance entre le caractère chinois xin, le cœur, et le délicat petit bol de Cécile Donato Soupama. 
caractère xīn


Cette parenté me permet de relire les mots du Père Larre :
« Le cœur est au milieu de l’homme, posé, caché au centre de la poitrine. 
(…) Il est pour notre vie un vase abyssal, un vase aux murs de chairs parcourues par un sang toujours renouvellé, qui s’emplit et se vide.
C’est là son usage. 
Toute la psychologie chinoise se tient au cœur.
Ce qui nous apparaît en muscle est bien réellement entité spirituelle. 
L’esprit a besoin de la chair pour s’incarner comme la chair a besoin de l’esprit pour s’illuminer. »  
Claude Larre (1919-2001)
Bol en céramique, Cécile Donato Soupama, 2008 
/ motif japonais en forme de vagues, Seigaiha







À l’origine, le corps de toute céramique est constitué de terre, d’argile : cela est particulièrement émouvant. Pour nommer les composants de la porcelaine, les chinois parlent des «os et de la chair».
Puis l’action conjuguée de la main de l’homme et de celle du feu donne vie à ces objets capables de contenir des nourritures terrestres comme spirituelles.
Références /



Claude Larre & Élisabeth Rochat de la Vallée
Les mouvements du coeur,
Psychologie des chinois
Éditions Desclée de Brouwer


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