Une belle rencontre

Manteau de laine Fragonard à motifs cachemire

Hier matin, je partis retrouver une amie près du Palais Royal, enfilai à la hâte mon imper en voyant les gouttes gris sombre se répandre sur le zingue du toit de l’immeuble d’en face, oubliai mon téléphone, fis demi tour, repartis avec un autre manteau, décidai de prendre le bus, l’attendis en vain,  descendis dans le métro, laissai passer une rame pour répondre au téléphone, montai dans la suivante, changeai de wagon au dernier moment pour éviter l’ampli tonitruant d’un musicien ambulant, trouvai une place assise.
En face de moi, une dame très smart plongée dans sa lecture, leva les yeux et me sourit gentiment.
Je remarquai qu’elle tenait un crayon à la main et songai avec plaisir qu’elle partageait mon goût pour la lecture active. Elle engagea bientôt la conversation, mon manteau à motifs cachemire lui plaisait.
Elle se rendait à l’École du Louvre et nous parlâmes d’histoire de l’art.
Déjà il fallait se séparer, elle me demanda si j’avais vu l’exposition « Beauté animale ».  Des oeuvres de son mari y étaient présentées, elle me quitta en me donnant ses coordonnées.

Augusoma Centurus, bronze patiné – François Chapelain-Midy
J’avais gardé le souvenir des étonnantes sculptures de coléoptères cornus en montant les escaliers monumentaux du Grand Palais, mais oublié le nom de leur auteur. François Chapelain-Midy, l’époux malheureusement disparu de cette dame que je venais de rencontrer, était un personnage attachant. 
Dynaste Hercules, bronze patiné – François Chapelain-Midy

Cet artiste hors du commun, fils du peintre Roger Chapelain-Midy, a été formé à l’École Boulle. Il créera aussi une entreprise de taxidermie,  sera restaurateur de minéraux de collection et d’art primitif puis sculpteur et décorateur – travaillant pour le cinéma (La belle noiseuse, Germinal, etc.) et l’opéra (vaisseau d’Othello à l’Opéra-Bastille)-.
Il portait un regard aigu et sensible sur l’environnement des hommes, leur place dans la nature. Les insectes le fascinaient particulièrement. 
Pagodes, bronze patiné – François Chapelain-Midy
Ses insectes sont stylisés, dépouillés. Comme le souligne Bruno Didier, « la plastique des insectes, le mystère qui s’en dégage, sont pour lui autant d’incitations à en explorer les formes “autrement”. Il leur applique son propre regard, celui de quelqu’un qui ne trouve que de la beauté là où est la vie. »

François Chapelain-Midy dans son atelier.

Je ne peux m’empêcher de songer, amusée, à la succession des petits accidents qui m’ont ainsi conduit des motifs floraux du cachemire aux coléoptères géants de François Chapelain-Midy par l’intermédiaire de son épouse Mireille.

On peut admirer ses oeuvres au Grand Palais jusqu’au 16 juillet 2012.

Références /

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