Calendrier de l’avent 2023 / 24 visages #12


Du 1er au 24 décembre, chaque jour un visage .
Comme le soulignait Daniel Arasse, 
« le portrait est inévitablement une méditation sur le temps ».
Ce temps de l’avent — du latin adventus : avènement, arrivée du Messie — représente la période qui couvre les quelques semaines précédant Noël.
Que l’on soit croyant ou pas, c’est un moment particulier dans l’attente du solstice d’hiver où le mouvement repart en direction de la lumière.
Une lumière intérieure affleure dans les regards de ces 24 visages choisis dans l’histoire ancienne et contemporaine de la peinture et de la photographie, parce qu’ils m’ont émue, fascinée, captée.

Nusch au miroir (dans robe de Schiaparelli), 1935 © Man Ray (1890-1976)

Nusch Éluard, née Maria Benz le 21 juin 1906 à Mulhouse, dans une Alsace alors annexée à l’Empire allemand, et morte le 28 novembre 1946 à Paris, est devenue en août 1934 la deuxième épouse de Paul Éluard.

Née dans un cirque ambulant, elle aurait été partenaire d’un illusionniste, a joué dans des théâtres, posé pour des cartes postales érotiques, mais aussi pour Man Ray. Nusch s’est également produite à Berlin dans des théâtres d’avant-garde, jouant Strindberg.
Le 21 mai 1930, sur les Grands Boulevards, à Paris, elle est remarquée par deux promeneurs : René Char et Paul Éluard. 

En mai 1935, Man Ray prit ce portrait de Nusch Éluard, épouse du poète surréaliste Paul Éluard. Elle portait une robe sari de la collection Stop, Look and Listen de Schiaparelli, présentée en février 1935.

Inspirée du costume indien, en crêpe de rayonne bleu électrique ou rose désert, cette robe était accompagnée d’un châle, ou irham, qui pouvait couvrir la tête comme un voile. Il était attaché dans le bas du dos par une grande pince dorée estampillée.

Sur cette photographie, Nusch Éluard tenait un éventail Schiaparelli étincelant en « verre » fabriqué en Rhodophane, un tissu de cellophane ; un petit étui de maquillage en forme d’œuf doré pendait à son poignet gauche.

Nusch au miroir (dans robe de Schiaparelli), détail, 1935 © Man Ray (1890-1976)

Je suis devant ce paysage féminin
Comme un enfant devant le feu
Souriant vaguement et les larmes aux yeux
Devant ce paysage où tout remue en moi
Où des miroirs s’embuent où des miroirs s’éclairent
Reflétant deux corps nus saisons contre saisons

J’ai tant de raison de me perdre
Sur cette terre sans chemins et sous ce ciel sans horizon
Belle raison que j’ignorais hier
Et que je n’oublierai jamais
Belles clés des regards clés filles d’elles-mêmes
Devant ce paysage où la nature est mienne

Devant le feu le premier feu
Bonne raison maîtresse

Étoile identifiée
Et sur la terre et sous le ciel hors de mon cœur et dans mon cœur
Second bourgeon première feuille verte
Que la mer couvre de ses ailes
Et le soleil au bout de tout venant de nous

Je suis devant ce paysage féminin
Comme une branche dans le feu.

L’extase, Paul Éluard, Le Temps déborde (1947)

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