Jingdezhen, Picasso & Diane


Partie pour voir une exposition de céramiques de Jingdezhen, capitale de la porcelaine chinoise, au siège de l’UNESCO, j’étais persuadée d’aller admirer des merveilles, des céladons des Song (960-1279) et des bleus et blancs des Ming (1368-1644). Ici, il y a une ambiance d’aéroport. On échange sa carte d’identité contre un badge à porter autour du cou.

Malheureusement les céramiques chinoises présentées sont contemporaines et sans intérêt. Un peu déçue, je regarde autour de moi et réalise que je suis dans un stupéfiant bâtiment des années 60, au volumes insensés, rythmés de béton brut imposant sans être écrasant.


Sortie de mes rêves de montagnes gracieuses et de rivières bleues chinoises, je croise dans le hall d’entrée un « homme qui marche » de Giacometti, 1960, il est plus grand que moi et semble se mouvoir dans un espace de temps parallèle au notre. 

Je cherche un dépliant sur les architectes du lieu, le trouve. Marcel Breuer, Bernard Zehrfuss et Pier Luigi Nervi. Je me souviens que Breuer enseignait au Bauhaus comme Kandinsky.
Au-de-là de la salle d’exposition, dans un grand hall, je m’assied sous une très belle mosaïque romaine d’El Jem, une cité antique de Tunisie, du IIe siècle. Une Diane chasseresse y pose négligemment à l’ombre du tympan d’un petit édicule à quatre colonnes. Elle est entourée d’animaux sauvages, lions, taureau, cervidés, etc. Les tesselles ocre jaune, rouge, brun et bleu-verts ont une matité très douce malgré la vitre de protection.
En face de la mosaïque, une rangée de quatre cabines téléphoniques d’époque ressemblent à de vieux séchoirs de coiffeur qui auraient été renversés.
Dans le même hall, je contemple quarante panneaux de bois peints par Pablo Picasso qui s’assemblent sur un haut mur en trapèze et représentent des gens qui se baignent. Je lis aussi que l’oeuvre, commandé par l’UNESCO en 1957 a été incluse dans les plans de construction du bâtiment et nommée la chute d’Icare par l’historien d’art Georges Salles qui présidait le Comité des Conseillers artistiques. 
Je me dis que c’est un grand privilège d’être là, seule pour faire la connaissance de cette oeuvre monumentale. Le hall est en effet désert, pas un bruit non plus ! Plus loin encore, une autre série de « cabines téléphoniques-mandorles », orange vif cette fois se tiennent bien sagement sous une magnifique toile d’Antoni Tapies, « Totes les cases » de 1994.
Je reviens sur mes pas, des messieurs en costume de toutes nationalités traversent à présent le hall de temps à autre. Je retourne m’asseoir sous la mosaïque, un homme sombre et smart, parapluie sur l’avant bras décroche un téléphone d’une des cabines et parle en français avec un accent slave puis en anglais, puis dans une langue que je ne connais pas.
En partant, je remarque encore un « bijou » dans une montée d’escalier : une tapisserie de 1956, d’après un carton de Le Corbusier.

J’étais venue voir des merveilles et je n’ai pas été déçue !

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