Correspondances

Giotto Scène de la prédication aux oiseaux

1297-1299 Fresque – 270 x 200 cm

Nef de la basilique supérieure, Assise


Quand notre excellent professeur d’histoire de l’Art du Moyen-Âge, raconte Giotto et le Trecento le temps est comme suspendu.

Un matin de ciel gris, il nous parle des fonds bleus de Giotto (1267-1337), en particulier ceux des fresques de la basilique d’Assise. L’une d’elles, « le prêche aux oiseaux, de Saint François » est particulièrement émouvante.

Ici Saint François, après s’être étonné que les oiseaux se soient rassemblés et l’attendent, les prie humblement d’écouter la parole de Dieu : « mes frères les oiseaux, vous avez bien sujet de louer votre créateur et de l’aimer toujours… »

Le paysage y est sobre et nu pour donner toute l’attention à l’humain. Giotto crée un espace scénique, ménage l’illusion d’un vide où les acteurs s’expriment.

Pour cela, il tend à l’arrière cette toile de fond bleue : ce n’est pas le ciel, mais une couleur abstraite. Elle est un peu l’équivalent de l’or des icônes byzantines.

Elle est là pour transporter la scène hors du quotidien avec quelques éléments de décor.

Il peint non pas une colline mais une idée de colline, non pas des arbres mais des idées d’arbres.

Tout cela pour représenter la vie par les gestes, les attitudes des personnages ;

tout cela pour donner à voir le mouvement franciscain profondément humaniste qui se répand à la fin du XIIIe et au début du XIVe siècle en Italie.




Quelques années plus tard Giotto peindra 38 fresques dans la chapelle de la famille Scrovegni à Padoue, illustrant des scènes de la vie de la Vierge et du Christ. On y retrouve les merveilleux fonds bleus comme celui de cette crucifixion où il sublime l’intensité dramatique.


Giotto La Crucifixion

Chapelle Scrovegni ou de l’Arena

Fresque, 200 x 185 cm – 1304-1306



Quelques siècles plus tard,

Yves Klein (1928-1962), raconte que ses monochromes lui viennent après une visite à Assise dans les années 50 : « je considère comme réel précurseur de la monochromie que je pratique, Giotto pour ses monochromes bleus d’Assises, appelés découpages du ciel par les historiens de l’art, mais qui sont bien des fresques monochromes unies. »



Yves Klein, Monochrome bleu (IKB 3), 1960
Pigment pur et résine synthétique sur toile marouflée sur bois
199 x 153 cm



« Comme de longs échos qui de loin se confondent

Dans une ténébreuse et profonde unité,
vaste comme la nuit et comme la clarté,
les parfums,les couleurs et les sons se répondent »

Charles Baudelaire (1821-1867)
Les fleurs du mal / Correspondances, extrait





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