Georges de La Tour à l’île-aux-moines

Dimanche matin dans l’église de l’île-aux-moines, un rayon de soleil d’hiver fait vibrer les rouges et les verts profonds des manteaux des Saints dans les vitraux. La première lecture est très belle, je pense à ceux que j’aime et qui ne sont pas là, le temps est comme suspendu.

Lecture du livre de Ben Sirac le Sage

Le Seigneur glorifie le père dans ses enfants, il renforce l’autorité de la mère sur ses fils. Celui qui honore son père obtient le pardon de ses fautes, celui qui glorifie sa mère est comme celui qui amasse un trésor. (…)


Dans son homélie, le prêtre illustre son propos sur l’éducation des enfants et plus particulièrement des relations entre Jésus et ses parents à l’aide de l’image du fantastique tableau de Georges de La Tour, qui est conservé au Louvre, au deuxième étage de l’aile Sully. Je me souviens que la lecture du cartel m’avait fait froid dans le dos : « Saint Joseph, patron des charpentiers, travaille une poutre devant l’Enfant Jésus qui semble déjà y voir le bois de sa croix. » ; et aussi que le tableau était parti pour une exposition au Musée municipal de Kyoto ces derniers mois.

Georges de LA TOUR (Vic-sur-Seille, 1593 – Lunéville, 1652)
Saint Joseph charpentier, vers 1640
Huile sur toile H. : 1,37 m. ; L. : 1,02 m., conservé au musée du Louvre

L’abbé, ravi d’avoir un public un peu élargi par les estivants en vacances, déroule son discours, ménage des silences étudiés, module le ton de sa voix avec un plaisir évident.

Il est vrai que cette oeuvre est extraordinaire, mais je me demande combien de personnes ont ce tableau en tête dans l’assistance ce matin.

Joseph est issu de la généalogie de David, époux de Marie et «père nourricier» du Christ, il est charpentier à Jérusalem. Le culte de Joseph connaît un grand renouveau à partir du XVIe siècle notamment grâce aux Jésuites, et aux Franciscains.

Ici, le charpentier est penché, occupé à percer une pièce de bois, alors que le Christ l’éclaire d’une bougie, dont la grande flamme irradie son visage.
La disposition des morceaux de bois au sol évoque une croix et préfigure le sacrifice du Christ.

Le peintre confronte le physique fruste et imposant du vieillard, au regard plein d’inquiétude, à celui de l’enfant dont la pureté est ainsi mise en valeur.
Ce contraste est accentué par la forte réflexion de la lumière sur le visage du Christ qui semble à son tour éclairer la pièce.
On retrouve fréquemment ce procédé dans les œuvres de Georges de La Tour. Il marque ainsi la présence de la divinité, dans une scène issue de la vie quotidienne.
Il en résulte à la fois une grande retenue et une force visuelle pénétrante.
Le peintre donne encore la mesure de son talent par des détails fascinants comme la main de l’enfant traversée par la lumière de la bougie ou la très belle nature morte du premier plan constituée d’un outil et d’un copeau de bois.

À la sortie de la messe les eaux métalliques scintillent autour des îles du fond du golfe, l’air est léger, le jardin à la toute petite porte est toujours là, le bonheur et le sentiment de liberté aussi.

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