Ulysse

19 juillet 2011

Île-aux-moines, Chapelle du Guerric, basse mer à 16h18, marée de 80/77,

Exposition de Cécile Donato Soupama, 5e jour

Aujourd’hui des visiteurs attendent déjà devant la porte quand j’arrive sur mon vélo, toute essoufflée.

Le vent a tourné à l’Ouest, il s’engouffre dans la chapelle, s’insinue jusqu’à la sacristie, soulevant sur son passage Hadès, Ulysse et Freud.



-« c’est très beau » me dit une dame, les cheveux emmêlés par le vent, avec un doux sourire qui dessine un faisceau de rides sur ses joues, je lui trouve un visage de bonne fée.



Le petit bonhomme de fil de fer perché sur son bateau, là-haut, balance ses jambes dans le vide, imperceptiblement, se tenant toujours sagement d’une main au bastingage, de l’autre au hauban.

Cette oeuvre de Lionel Prin, peintre de l’île-aux-moines -exposé dans la chapelle par les Îliennes du Guerric l’année dernière-, est d’une grande poésie et apporte à ce lieu un supplément d’âme qui émeut les visiteurs.

Ce sont presque toujours les enfants qui le voient en premier et secoue la main qui tient la leur bien serrée :

-« regarde, regarde, non ! là-haut…. »

-« tu as vu le bateau, maman ? »



Le hasard de l’accrochage a fait que le personnage sur son bateau regarde Ulysse : comment ne pas penser à l’Ulysse de l’Odyssée d’Homère qui a parcouru en tous sens la méditerranée sur son navire, passant par le royaume d’Éole, faisant même escale sur « l’île du soleil » -la Sicile- où se trouve en ce moment l’auteur de la toile nommée Ulysse, sur le mur blanc devant moi…



Ulysse. 100×100 cm © Cécile Donato Soupama

Un couple de grands parents se réjouit de découvrir le nom de l’oeuvre :

-« c’est la toile que nous avons tout de suite préféré en entrant dans ce lieu et elle porte le même nom que notre petit-fils, quelle jolie coïncidence ! »

Je me souviens des récit de ce voyage initiatique du roi d’Ithaque où chaque épreuve nous confronte un peu plus à nous-mêmes.



Dans Ulysse, un bleu-vert qui semble remonter des profondeurs et affleure à la surface de la toile en une petite constellation, me bouleverse particulièrement.

Un homme qui sait dire tout simplement « ça me plait » après avoir regardé longuement chaque toile pendant que son petit garçon gazouillait dans sa poussette verte au centre de la nef, dit encore qu’il reviendra demain avec son épouse.

Un moment de rêverie, assise sur le seuil dans un rayon de soleil alors qu’au loin de gros nuages noirs déversent leur pluie sur le continent, je me souviens d’avoir lu ces mots de Guo Ruoxu -peintre de la dynastie des Song (XIe siècle), auteur du plus important ouvrage de théorie esthétique et d’histoire de la peinture chinoise- :

« La peinture est une empreinte imprimée par le coeur »

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