le rouge et le noir

« Il était une fois une petite fille de village, la plus jolie qu’on eût su voir : sa mère en était folle, et sa grand-mère plus folle encore. Cette bonne femme lui fit faire un petit chaperon rouge qui lui seyait si bien, que partout on l’appelait le petit Chaperon rouge. 
Un jour, sa mère ayant fait des galettes, lui dit : (…)« 

C’est ainsi que commence la version de Charles Perrault (1628-1703) de ce conte populaire.
Patrick Loste, « Mythologies« 

Comme le souligne le Psychiatre et psychanalyste américain Bruno Bettelheim (1903-1990), « Le Petit Chaperon rouge de Perrault perd beaucoup de son charme parce qu’il est trop évident que le loup du conte n’est pas un animal carnassier, mais une métaphore qui ne laisse pas grand-chose à l’imagination de l’auditeur. »

Michel Pastoureau -historien médiéviste, spécialiste notamment de la symbolique des couleurs- en propose une lecture différente en mettant en évidence la distribution ternaire, dans le conte, des couleurs originelles des sociétés anciennes : le rouge, le noir et le blanc.

Les peintres donnent à voir avec force ces couleurs et la symbolique qu’elles diffusent.
Ce conte est l’un des thèmes abordés par l’éblouissant peintre Patrick Loste dans ses oeuvres récentes que l’on peut voir dès ce soir à la Galerie Le troisième oeil à Bordeaux.
Comme l’écrit avec justesse le journaliste Jean-Michel Collet, parlant de la peinture de Loste : « L’insouciance n’est pas toujours au rendez-vous. La sauvagerie, l’état de nature rôdent au bord du chemin. Il faut la solitude, il faut la confusion, il faut l’épreuve pour se connaître, cerner l’essentiel. « C’est la conscience des limites qui nous fait toucher le réel » Chez Loste, cette conscience passe par le corps. C’est la vie qui est en jeu. »

Warja Lavater pour Le Petit Chaperon rouge, 1965. © Maeght éditeur

À l’opposé de cette incarnation, et de la fougue sauvage de l’oeuvre de Patrick Loste, la peintre et illustratrice suisse Warja Lavater (1913-2007), interprète elle aussi ce conte mais dans un processus d’abstraction très poétique où les personnages, décors et actions sont symbolisés par des points de couleurs. Ce beau travail se déploie dans un étrange petit livre en accordéon, publié par l’éditeur Adrien Maeght.

La richesse du contenu symbolique des contes est telle qu’ils se prêtent naturellement à l’analyse et à l’interprétation. L’appropriation de ces fables par les peintres pourrait passer pour une provocation face à l’oralité originelle du conte. Contempler ces oeuvres, n’est-ce pas au contraire une manière d’entrer directement dans l’histoire, et de retrouver la fraîcheur et la vivacité de l’émotion ressentie à l’écoute d’un conteur, d’être, plus profondément que par le medium de l’écrit, impressionné au sens propre et au sens figuré ?

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