"Paroles et pain de la rue"

Dimanche matin, église Saint Vincent de Paul, j’aperçois des photographies présentées sur les grilles le long de l’allée latérale.
« C’est important pour moi de parler avec
des gens avec qui on peut converser »
Photographie de Pascale Peyret
De là où je me tiens, il me semble voir des natures mortes du XVIIIe siècle.
Nature morte avec une tasse blanche 
Jean Siméon Chardin (1699-1779)
Conservée à la National gallery of Art, à Washington
Je pense à Chardin : la composition linéaire, les couleurs chaudes, la simplicité des objets qui surgissent d’une pénombre mystérieuse.
« Faut accepter tout »
Photographie de Pascale Peyret
La table de cuisineJean Siméon Chardin (1699-1779)
Conservée au Museum of Fine Arts, à Boston
Plissant les yeux pour voir un peu plus loin,
« C’est la vie, faut du courage »
Photographie de Pascale Peyret
c’est la touche de Manet qui me vient à l’esprit,
« Une botte d’asperges »- Édouard Manet (1832-1883)

Conservée au Wallraf-Richartz-Museum, à Cologne

De plus près cette fois, je prends le temps de regarder avec attention les œuvres une à une.
« La solitude tu l’aimes pour réfléchir, mais une fois
que tu as réfléchi, faut exprimer ton idée »
Photographie de Pascale Peyret
À l’émotion esthétique du premier regard succède
un bouleversement d’une autre nature.
Ce ne sont pas seulement des images mais aussi des mots, les paroles de ceux qui sont représentés là. Quelques mots simples, ceux des hommes de la rue, dactylographiés à l’ancienne sur un petit morceau de papier.  Ils ont tant de force ces mots-là qu’ils remplissent tout l’espace dès qu’on en prend connaissance.
« On vit dans la rue avec des connaissances, 
c’est comme si on était chez soi »
Photographie de Pascale Peyret

C’est Pascale Peyret, photographe et plasticienne,  auteur de cette belle rencontre,  « Paroles et pain de la rue », qui en parle le mieux :
« Cette exposition (…) témoigne de moments de partage autour du repas avec les personnes de la rue.
En réalisant cette série j’ai fait la connaissance de personnes sensibles et attachantes qui vivent dans notre quartier et qui partagent régulièrement les prières de rue organisées par l’association « aux captifs la libération ». Au fil de mes visites au coin de la rue se tissent des liens, avec pudeur je photographie les gestes, je note les paroles ;
L’image dialogue avec la parole simplement dactylographiée sur un  morceau de papier.
Car celui qui nous parle le mieux d’espérance, c’est bien le désespéré.
Celui qui nous parle le mieux de justice, c’est bien l’opprimé.
Celui qui nous parle le mieux de solidarité, c’est bien le pauvre. (…) »
« On vit au jour le jour »
Photographie de Pascale Peyret
Pascale Peyret pose son regard sur cette autre réalité que nous cotoyons tous,  très près, tous les jours. Comme un musicien qui effleure son instrument, elle tient une note,  longtemps, doucement. Une note dont la vibration, d’une image à l’autre, un mot après l’autre, entre peu à peu dans notre conscience, nous fait juste voir, dépose quelque chose.
Et puis, on réfléchit. 
Quelque chose qui était invisible, devient visible.
Présence des êtres, des corps qui, comme les nôtres, ont besoin de se nourrir ;
mais corps sans abri, exposés, au vent, à la pluie, aux yeux qui ne les voient pas, aux passants qui passent, au bruit, au froid.
L’indifférence ne serait-elle pas plus douloureuse encore que la différence ?
Je ferme les yeux un instant.
D’autres images surgissent alors.
« C’est la vie c’est gratuit »
Photographie de Pascale Peyret
Celle du geste du don d’un Buddah de la province chinoise du Shandong, exposé au Musée Cernuschi à l’automne 2009 ;
Buddah debout, Grès
Époque des Qi du Nord, Chine, VIe siècle
Conservé au Musée de Qingzhou
Geste du don, varada mudra, détail.
celle du détail des mains des pèlerins d’Emmaüs dans le grand tableau de Véronèse au Musée du Louvre.
«On fait vivre la rue et la rue nous le redonne»
Photographie de Pascale Peyret

Les Pèlerins d’Emmaüs, 
Paolo CALIARI, dit Véronèse (1528-1588) – détail
conservé au Musée du Louvre (salle de la Joconde)
La grâce de certains gestes saisis par l’objectif de Pascale Peyret est d’une fulgurance qui me laisse sans voix.
«On est là, on attend quelque chose,
mais on ne sait pas ce qu’on attend»
Photographie de Pascale Peyret
Il est important de préciser avec Pascale Peyret que « Cette exposition éclaire l’action des bénévoles « Compagnons de Saint Vincent de Paul »  et le travail que réalise chaque jour l’association « Aux captifs la libération »
« Merci à Didier, Patrick, Xavier, Momo, Abdoulaye, Sader… »

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