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La lecture de l’article de Thierry Savatier -son blog, « les mauvaises fréquentations » toujours si passionnant et agréable à lire- me donne envie d’aller voir cette exposition.

Pour pénétrer dans la belle cour carrée de l’Hôtel de Saint-Aignan qui abrite le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme il faut au préalable passer un contrôle -très strict !- de ses effets et de sa personne.

Cette exposition a pour objectif de témoigner de la spoliation des oeuvres d’art subie par les juifs de France et de mettre en évidence le processus des spoliations nazies durant la seconde guerre mondiale, leur condamnation par les alliés en 1943, les opérations de restitutions massives engagées à l’issue du conflit et les nouvelles mesures individuelles de restitution rendues possibles dans les dix dernières années.

Mais je choisis d’y déambuler en une flânerie légère, appréciant sans autre arrière pensée la vue de ces oeuvres qui ont aussi pour point commun la virtuosité et la beauté.

Au-dessus des cartels de certains tableaux est ajoutée une petite photographie des caisses qui les ont contenues lorsqu’ils ont été répertoriés par les « MNR », les Musées nationaux de récupérations, dans les années 50. Je trouve cette présentation originale et intéressante et ces petites images sont elles-mêmes des compositions contemporaines très esthétiques avec leurs vieilles étiquettes et les numéros écrits à la craie.
Parfois c’est le revers du tableau qui est ainsi montré comme pour ce charmant paysage de format ovale de Jean Honoré Fragonard, « Bergers dans un paysage ».

Et quelle lumière délicate dans les plis de l’ample chemise blanche de ce portrait d’un certain Desmarets par Jean-Auguste-Dominique Ingres !

Il y a beaucoup de natures mortes du XVIIe siècle où se promènent par endroits des coccinelles ou des papillons.


Si l’on approche de très près du jardin du « Vieux Palais à Bruxelles » de Jan Van Heyden (1637-1712), on peut apercevoir un groupes de biches et de jeunes cerfs -des chèvres peut être mais cela serait moins joli- se reposant à l’ombre des frondaisons dans un triangle d’herbe drue.


En face, une très belle « Déploration du Christ » de Petrus Christus, peintre qui vécut au XVe siècle à Bruges.
Le contraste entre le paysage presque paisible en arrière plan et la présence du crâne sur le mont Golgotha -qui m’a toujours fascinée- et surtout la tension dramatique du corps pâle et sans vie du Christ sur les genoux de sa mère est ici particulièrement saisissant.
En contemplant ce tableau, je me souviens d’une merveilleuse coupe attique à figures rouges du Ve siècle avant Jésus Christ, étudiée au Louvre.


Le thème de la scène représentée dans cette coupe est tiré de l’Ethiopide, un poème qui racontait le sort des alliés malheureux de Troie : L’Aurore (Éos) vient au matin rechercher le corps de son fils Memnon, roie des Éthiopiens tué par Achille.
En effet, il y a dans la douloureuse image du cadavre raidi percé de blessures, aux yeux clos et aux mains pendant dans le vide vers lequel se penche la déesse ailée au beau visage, comme une préfiguration du motif de la Pietà : brusquement ce qui n’était que théorie dans mon esprit m’apparait comme une évidence troublante.


Plus loin, les plantureuses baigneuses de Gustave Courbet attirent irrésistiblement.
La carnation des lèvres de celle du second plan a même tonalité que les trois rangs de perles de corail pendus à son cou. Celle de la belle alanguie, habillée d’un seul bouquet champêtre, a la même matière que les adorables pointes de ses seins, et sa peau diaphane et délicate fait écho à l’orient des perles négligemment retenues par sa main gauche.


Dans une autre salle, il me semble que Cézanne a l’air un peu fâché sur son petit auto-portrait.

Dans les vitrines où se donnent à voir des documents divers, je lis que sur 60 000 oeuvres répertoriées, 45 000 ont été restituées.


Un grand « Trophée de chasse » de Claude Monet me rappelle ma grand-mère chérie.

J’accélère un peu le pas, trop d’images, mon attention se dilue.
Je me demande pourquoi, dans cet « Intérieur de Palais » de Van Delen Dirck (1605-1671) les deux personnages masculins au premier plan ont le visage rouge :
qu’ont-ils commis de terrible ?!

Dans la dernière salle, sur une merveilleuse corbeille de fleurs de Balthazar Van Der Ast (1593-1657) qui ressemble beaucoup à celle-ci,

se superpose d’une façon irrésistible, le visage de maman.

De retour à la maison, un peu « déboussolée » par cet exercice de va et vient dans la chronologie, je lis dans les « Contes des sages du Ghetto » une petite histoire très savoureuse…

À quoi servent les boussoles
À Khelm, un jour, l’un des disciples d’Aza’a Schlemil trouva ne boussole dans la rue. Il apporta l’objet mystérieux à son Maître, qui l’examina soigneusement avant de soudain fondre en larmes. Quelques instants plus tard, il se mettait à rire aux éclats. On aurait pu douter de sa santé mentale ! Finalement, Aza’a Schlemil se calma, et il expliqua ainsi son état à son disciple :
– J’ai d’abord pleuré, dit-il, parce que j’étais vraiment triste de ton ignorance.
Que tu ne saches pas à quoi sert cet instrument. Puis j’ai éclaté de rire quand je me suis aperçu que, moi non plus, je ne le savais pas.

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