Calendrier de l’avent / 24 visages #10

«L’aboutissement de l’art, c’est la figure», aurait déclaré Cézanne au marchand de tableaux Ambroise Vollard.
À de nombreuses reprises au cours des années de maturité, le peintre requiert de longues séances de pose de sa compagne Hortense Fiquet.
Outre quatre-vingt-dix dessins, des aquarelles aussi, ce portrait est l’une des vingt-neuf toiles dont elle fut le sujet. Paul Cézanne scruta et modula en effet maintes fois le buste de son épouse, son port de tête et ses épaules. Avec son sens de la dignité, son visage en amande, ses cheveux la plupart du temps noués en arrière et sa raie du milieu, Hortense Fiquet est immédiatement reconnaissable.
J’ai une tendresse particulière pour ce portrait aux cheveux dénoués et la suprême élégance de cette veste à col boutonné, velours noir et rubans incrustés de satin gris. Dans les autres toiles et dessins, le visage et l’allure générale d’Hortense sont le plus souvent maussades, autoritaires, distants.

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Portrait de Madame Cézanne, Paul Cézanne (1839-1906), 1880-1892, Huile sur toile,  61,9 x 51,1 cm, The Henry P. McIlhenny Collection, Musée d’art de Philadelphie

 

Paul Cézanne rencontra Hortense Fiquet à Paris, au début de l’année 1869. Elle avait 19 ans. La jeune femme, d’origine modeste, travaillait en tant que brocheuse dans un atelier de reliure. Les premières années de vie commune furent âpres, la pension mensuelle allouée par le banquier Louis-Auguste Cézanne, le père de Paul, était modique. Le peintre préférait dissimuler sa liaison : il fut à plusieurs reprises contraint d’emprunter de l’argent à son ami Zola. Leur fils unique, Paul, naquit en 1872. Hortense Fiquet ne devint officiellement Madame Cézanne qu’au terme de dix-sept années de silence et de clandestinité, en avril 1886. Incompréhensions et nombreux moments de séparation. La mésentente et l’indifférence grandirent peu à peu entre le peintre et sa femme.

Le 25 août 1885, alors qu’Hortense était à Paris et lui à Aix, Cézanne écrivait à son ami Zola : « je n’ai reçu aucune nouvelle ; d’ailleurs, pour moi, l’isolement le plus complet. Le bordel en ville, ou autre, mais rien de plus. Je finance, le mot est sale, mais j’ai besoin de repos, et à ce prix je dois l’avoir».

C’est une histoire triste. Dans ce portrait, le regard d’Hortense s’absente, plein de mélancolie et de lassitude, peut-être le sentiment d’un irréparable gâchis. Mais les cheveux dénoués instillent une certaine tendresse, indiquant peut-être qu’elle est saisie dans un moment d’intimité.

L’histoire de l’art et les musées ont injustement relégué Hortense Fiquet à une place subalterne. Ses merveilleux portraits sont, en effet, loin d’avoir la notoriété des natures mortes, des paysages de l’Estaque et des Saintes Victoires.
Une exception cependant avec l’exposition que le Metropolitan Museum of art de New York lui a consacré cette année.

 

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