« Noli me tangere » #1

Noli me tangere, Ne me touche pas !,
une chronique éphémère, le temps du confinement, un exutoire en images,
chaque matin renouvelé jusqu’au seuil des jours qui verront nos mains toucher et être touchées.

Noli me tangere*, une formule qui resurgit du fond des âges et d’un texte sacré1.
Ne me touche pas !, ces mots résonnent, rebondissent comme un écho sous la voûte de nos esprits tourmentés d’une façon si saisissante aujourd’hui !

Noli me tangere (1440-41), Fra Angelico (1395-1455), fresque, 166 × 125 cm, Florence, Couvent San Marco.

Le tombeau est vide. Marie-Madeleine n’y voit plus le corps.
Elle s’affole dans le jardin.
Elle tombe à genoux, et elle pleure.
Jésus s’approche et la voit éplorée. À sa bêche, elle le prend pour un jardinier.
Il s’approche et lui dit : Femme, pourquoi pleures-tu ?
Mais une femme qui pleure un absent ne parle pas au premier venu.
Il répète : Qui cherches-tu ?
Elle pense : Ce n’est qu’un jardinier. Elle répond : Si c’est toi qui l’a enlevé, dis-moi où tu l’as mis et j’irai le chercher.
Il dit : Marie !
À l’appel de son nom, elle frémit. Ce n’est qu’au moment où l’image l’appelle qu’elle le reconnaît à ses traits, à son corps. Ils se sont connus, il a déjà prononcé son prénom dans un souffle, elle le reconnaît. Elle ne fait qu’un tour sur elle-même.
Elle s’écrie : Rabbouni ! (elle le porte dans son cœur comme l’enfant que son ventre ne porte pas).
Elle lance sa main vers lui.
Mais lui : Noli me tangere !
Ne me touche pas.
Il dit : Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers mon père. 2

Noli me tangere*
Pour les théologiens, les historiens de l’art et les amateurs éclairés, ces trois petits mots* suffisent à faire apparaître dans l’instant la scène qui succède à la découverte du tombeau vide dans le récit biblique de la résurrection du Christ.
Cet épisode, l’un des plus mystérieux du Nouveau Testament, a donné lieu à d’innombrables commentaires érudits de théologiens et de philosophes.
Motif iconographique au même titre qu’une Pietà ou une Assomption, cette scène a été représentée de très nombreuses fois en peinture, par les plus grands artistes.

Ici, Fra Angelico représente le Christ apparaissant à Marie-Madeleine, dans une peinture à fresque mêlant douceur et simplicité qui n’excluent pas une grande subtilité – comme le souligne Georges Didi Huberman3 : « (…) Fra Angelico a placé, juste à hauteur de regard (…) quelque chose qui ne ressemble à rien de connu dans un pré ou même dans l’histoire du Noli me tangere : c’est un symbole, trois petites croix sanglantes, entre la Madeleine et le Christ ressuscité. Quelque chose qui ne «ressemble» à rien, dans l’ordre de réalité d’un pré, mais n’en possède pas moins une évidente fonction mémorative, sans doute faisant signe vers une méditation sur la Passion du Christ et la Trinité. »


1 Le chapitre XX de l’Évangile de Jean, versets 11 à 18.

2 Noli me Tangere, Mathieu Bouvier

3 Georges Didi Huberman, La dissemblance des figures selon Fra Angelico

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