Le dit de l’Avent #8 — Le caché révélé

Le détail de Joseph est issu de La naissance du Christ, vers 1490-1500, par le Maître de Brunswick (actif vers 1480-1510). Une huile sur bois de 45,3 x 34,8 cm, conservée à Amsterdam, au Rijks museum.

L’auteur de cette Nativité est un peintre dont l’identité reste énigmatique. Il doit son nom à l’historien de l’art Max Jakob Friedländer qui en 1927, à partir de l’analyse d’un diptyque1 du musée de Brunswick (en Basse-Saxe) représentant la Vierge et l’enfant d’une part, un moine chartreux et sainte Barbara d’autre part, a attribué plusieurs tableaux religieux anversois du XVIe siècle à ce maître anonyme : le Maître de Brunswick.
Le mystère de l’attribution de cette œuvre n’empêche nullement l’émerveillement dans la contemplation des harmonies de couleurs : les longues boucles rousses de la Vierge qui se répandent sur sa robe à motifs floraux et son manteau de velours verts, redoublés par le pelage fauve du bœuf, les chevelures des anges à genoux, et le paysage verdoyant au dernier plan.

1/ Master of the Brunswick Diptych (act. ca. 1480-1510), Virgin and Child with St Anne, a Carthusian monk and St Barbara,
ca. 1490, Herzog Anton Ulrich-Museum, Braunschweig

Comme l’ange dans de nombreuses représentations de l’Annonciation, Joseph n’est pas dans le même espace que Marie.
Il est à l’extérieur. Cette séparation est soulignée par le pilier de l’étable qui divise l’œuvre en deux parties.
Alors je me souviens des propos de Daniel Arasse2 évoquant la naissance de la perspective dans l’Annonciation du peintre italien Ambrogio Lorenzetti en 1344 où, entre l’ange et Marie, une colonne peinte en or se fond sur le mur or et retrouve sa matérialité sur le sol carrelé, passant devant le manteau de la Vierge, tout comme ici le pilier de bois sombre se fond sur le même brun du mur de la ruine sur laquelle s’adosse l’étable puis se détache dans la partie basse passant devant les anges et le manteau de la Vierge. Daniel Arasse, nous explique que la colonne vient figurer l’incarnation, représente l’infini venu dans un monde mesurable. À l’appui de sa démonstration, il cite saint Bernardin de Sienne (1380-1444) :
« Dieu vient dans l’Homme, l’éternité vient dans le temps, le créateur dans la créature, l’artiste dans son œuvre » et aussi « l’infigurable vient dans la figure, l’indicible dans le discours, l’immense dans la mesure. »


2/ Daniel Arasse, né le 5 novembre 1944 à Oran et mort le 14 décembre 2003 à Paris, est un historien de l’art français, spécialiste de la Renaissance et de l’art italien.


>> Voir et écouter Perspective et annonciation : histoires de peintures avec Daniel Arasse #5, ici

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