Le dit de l’Avent #15— Le caché révélé

La grande Vierge en manteau bleu nuit occupe presque tout l’espace d’une Nativité peinte vers 1420-22 par Gentile da Fabriano (vers 1370-1427). Or et détrempe sur bois, 72,1 x 42,6 cm, Los Angeles, Getty Museum.

Contemporain de Fra Angelico, Gentile da Fabriano1 (1370–1427) est considéré comme l’un des plus importants représentants italiens du gothique international2. Ses œuvres se caractérisent par leur préciosité, le réalisme des portraits et leur profusion décorative et ornementale.

Alors, Nativité ou Adoration ?

« Dans l’adoration de l’enfant, forme iconographie qui se constitue tout au long de la première moitié du Quattrocento, les éléments narratifs de la Nativité (…) reculent en importance dans la composition pour laisser la place au Fils et à la Mère saisis dans l’essence de leur rapport spirituel, de plus en plus « hors contexte », comme sortis de l’histoire. »3

Ce panneau en ogive de Gentile da Fabriano où Marie et son fils envahissent presque tout l’espace est plus une Adoration de l’Enfant qu’une Nativité. Ici en effet, la répartition entre le premier plan (le couple Marie-Jésus) et le second plan (Joseph, l’âne et le bœuf, la crèche) illustre sans équivoque la relégation de ceux qui deviennent des personnages secondaires voire superflus.
« L’Adoration de l’enfant telle qu’elle naît dans ces années provient de la Nativité mais n’en est plus une. »

« Le succès de cette composition, généralement destinée à un usage privé, doit probablement s’inscrire dans ce qui a été appelé la devotio moderna3, une pratique de la religiosité et de la foi centrée sur un investissement individuel, l’importance de la méditation personnelle et de la vie intérieure (…). »


1/  Gentile da Fabriano en 2 minutes sur l’excellent site de Beaux Arts Magazine

2/ Le gothique international, est la phase tardive de l’art gothique (1380–1450). Cette école cosmopolite à tendances septentrionales (Flandres) gagne, au début du XVe siècle, l’Italie du Nord en passant par la France, mais aussi l’Angleterre et l’Espagne. Comme d’autres courants, il s’illustre par ses grands artistes (Claus Sluter, Pisanello, Gentile da Fabriano…) mais aussi par ses mécènes, comme le duc Louis de Savoie. Cette école, dominée par la poésie courtoise et l’imaginaire, s’oppose au réalisme flamand. Bien qu’elle soit moins connue que la Renaissance italienne, la période du gothique international qui la précède a été florissante, notamment dans le domaine de l’enluminure.

3/ Entre guillemets, extraits de La Nativité italienne. Une histoire d’adoration (1250-1450), Thèse de Doctorat de Giulia Puma, Université de la Sorbonne nouvelle – Paris III, 2012

4/ Partie des Pays-Bas à la fin du XIVe siècle, la devotio moderna est une pratique religieuse privilégiant une spiritualité intériorisée et le dévouement pour autrui.

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