Le dit de l’Avent #17

Le dit de l’Avent, focus sur un détail de la Nativité…

Chaque jour de l’Avent, ou presque…, un regard ludique et didactique sur l’un des thèmes les plus évoqués dans la peinture occidentale depuis le IIIe siècle. L’œuvre d’où est extrait le détail est à découvrir… dans le prochain post 😉

Comment ne pas être envouté par ce rouge de cinabre qui inonde la robe de Marie de Nazareth ?
Rouge, la couleur par excellence. Rouge, couleur archétypale, liminaire.
Adam, le premier homme dans notre tradition occidentale, signifie fait de terre rouge.
Dans beaucoup de langues, il y a synonymie entre le mot qui veut dire coloré et celui qui veut dire rouge, comme coloratus en latin, qui signifie à la fois rouge et coloré. En russe, krasnoï veut dire rouge mais également beau.
C’est la première couleur que l’homme a maîtrisé à la fois pour peindre et pour teindre.

En occident, les peintres ont su admirablement l’apprivoiser, la sublimer. Je pense au rouge des figures d’argiles que les peintres athéniens de l’Antiquité créaient sur les panses de leurs vases, à ce vermillon de Cinabre qui habille les murs de la villa des mystères à Pompéi, à celui, velouté, du manteau des Madones comme ici, et jusqu’à l’abstraction des rouges de Mark Rothko qui diffusent une douce lueur dans la pénombre d’une salle de la Tate Modern.

Rouge, robe rouge. Jusqu’au XIXe siècle, les jeunes femmes européennes revêtaient une robe rouge le jour de leur noce, car la garance qui en teintait l’étoffe était la plus stable et la plus belle des couleurs, celle qui avait le plus d’éclat.

En lisant Michel Pastoureau1, historien et spécialiste des couleurs, j’apprends qu’une légende ancienne, transmise par plusieurs évangiles apocryphes de l’enfance du Christ, raconte comment le jeune Jésus, placé en apprentissage chez un artisan teinturier, sème le trouble et le désordre en désobéissant à son maître et en se montrant incapable d’apprendre une telle profession. Toutefois, un ou deux miracles lui suffisent pour rétablir la situation et susciter l’admiration de son entourage. L’étude de cette légende permet d’attirer l’attention sur le métier de teinturier, longtemps mal considéré, sinon réprouvé, dans les sociétés occidentales. Parce qu’ils changent la couleur des draps, parce qu’ils transforment la matière, parce qu’ils semblent se livrer à des opérations diaboliques, les teinturiers — comme les forgerons — suscitent méfiance et peur.


1/ Michel Pastoureau, Jésus teinturier. Histoire symbolique et sociale d’un métier réprouvé. In: Médiévales, n°29, 1995.
L’étoffe et le vêtement. pp. 47-63

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