Nicolas & Vladimir



« La contemplation de la beauté, qu’il s’agisse d’un coucher de soleil aux tonalités particulières, d’un visage lumineux ou d’une oeuvre d’art, nous force à nous retourner inconsciemment sur notre propre passé, à nous confronter, à confronter notre âme à la beauté parfaite et inaccessible qui nous est dévoilée ».
La Vénitienne, p. 195

Attirée d’emblée par l’expressionnisme abstrait si séduisant de Nicolas de Staël, puis véritablement arrimée dans les pages au papier velouté : une bonne odeur de papier neuf, un texte dense mais habillé d’une belle typographie.

Nicolas de Staël et Vladimir Nabokov sont tous deux nés à Saint Pétersbourg dans des familles aristocratiques. Mais la comparaison s’arrête là : une vie courte et tragique (1914-1955) pour le premier qui quitta la Russie à l’âge de deux ans, une longue vie pour le second qui, né en 1899, vécut jusqu’en 1977, eut une enfance heureuse entre la Russie, jusqu’à la révolution, puis Berlin, Paris et l’Angeterre où il suivit des études de lettres à Cambridge.
Malgré ces différences, il semble que « l’âme russe » surgisse aussi farouchement dans les masses de couleur du peintre que dans la prose de l’écrivain.

Le genre littéraire de la nouvelle interprêté par Nabokov est une succession de friandises, de fantaisies succulentes, la lecture de l’une créant aussitôt une irrépressible envie d’en déguster une de plus.

« La locomotive, jouant rapidement des coudes, courrait à vive allure à travers une forêt de pins, puis, soulagée, au milieu des champs. N’entrevoyant que vaguement encore toute l’absurdité et l’horreur de la situation et essayant peut être de se persuader que tout était pour le mieux, Vassili Ivanovitch trouva le moyen de jouir des charmes fugitifs qu’offraient la route. (…) Le soleil grimpa peu à peu vers un coin de la fenêtre et inonda soudain la banquette jaune. L’ombre affreusement écrasée du wagon fuyait comme une folle sur l’herbe du talus où les fleurs se fondaient en stries de couleurs. Un passage à niveau : un cycliste attendait, un pied posé à terre. Des arbres apparurent en groupes ou isolés, pivotant froidement d’un air narquois comme pour présenter la dernière mode. L’humidité bleue d’un ravin. Un souvenir d’amour déguisé en prairie. Nuages effilés -lévriers du ciel ».
Lac, nuage, château, p. 601

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