Spleen et idéal

25 juillet 2011

Île-aux-moines, Chapelle du Guerric, pleine mer à 14h52, marée de 35/34,

Exposition de Cécile Donato Soupama, 11e jour

Un peu plus de douceur encore aujourd’hui malgré un ciel encombré.

Le crescendo des températures est agréable et prend aussi pour moi un sens symbolique, comme si ce voyage immobile dans la chapelle générait de plus en plus de chaleur dans les échanges, les rencontres, dans mon rapport au lieu qui me devient très cher.

Une grande famille, bon chic, bon genre me demande de les prendre en photo sur le muret qui borde la route devant la chapelle…

C’est étrange, j’éprouve avec bonheur la chaleur de l’été et voilà que les premiers visiteurs sont très froids ou très négatifs !

-« C’est très noir », dit une dame

-« ma femme n’aime pas le noir ! », précise le monsieur. Je l’avais deviné à son air renfrogné, me dis-je …

-« Bon alors, ça veut dire quoi tout ça ? »

-« c’est dommage de mettre des trucs comme ça dans une chapelle tout de même ! »

Je suis étonnée par tous ces gens qui savent ce qui est bien et ce qui ne l’est pas, ce qui est beau et ce qui ne l’est pas, en outre leurs certitudes m’effraient !



© photographie de Jaïr Sfez

Souvent, des questions sur la technique : une dame aux cheveux blond vénitien tenus en chignon haut m’interroge, j’explique le mélange de pigments, huile, liant.

Elle rétorque :

-« Ah oui, alors c’est « fait maison », comme on dit et puisque c’est une femme ce n’est pas étonnant ! ».

Certains clichés ont décidément la vie dure.

Un couple sans âge, elle assez corpulente avec un visage très doux encadré de boucles blondes, lui en vareuse bleu marine, l’appareil photo en bandoulière : ils restent très longtemps devant chaque toile comme dans un geste suspendu, ils ne se regardent pas, ne se parlent pas mais sont très près l’un de l’autre et se déplacent d’un même mouvement. Une chorégraphie secrète parfaitement rodée semble guider leurs pas. Ils sont concentrés, toujours silencieux, nos regards ne se croisent pas, je n’ose interrompre le charme qui les enveloppe. ils ressortent en joignant leurs mains tels deux adolescents amoureux.

Deux femmes très soignées, féminines -je note que cela devient rare- sont toutes heureuses de cette visite « inattendue » me disent-elles.

Goûtant les rayons du soleil de la fin d’après midi et le contact de la pierre du seuil de la chapelle délicieusement tiédie, je contemple ce paysage, toujours le même et pourtant chaque jour, à chaque heure si différent.

« Il est des paysages peints qu’on traverse ou qu’on contemple ; d’autres dans lesquels on peut se promener ; d’autres encore où l’on voudrait demeurer ou vivre. Tous ces paysages atteignent le degré d’excellence. Toutefois, ceux où l’on voudrait vivre sont supérieurs aux autres »

Ces mots de Guo Xi 郭熙 le grand peintre de la dynastie chinoise des Song du Nord 北 (960-1127), exprime admirablement mon état d’esprit en cette fin de journée et me consolent un peu de la mélancolie de ce jour.

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