Du sprituel dans l’art

26 juillet 2011

Île-aux-moines, Chapelle du Guerric, pleine mer à 16h20, marée de 36/39,

Exposition de Cécile Donato Soupama, 12e jour



Aujourd’hui, l’ombre portée que dessine la chapelle sur la route exprime soleil et douceur en contrepoint mais l’été prend en réalité tout son temps pour s’installer sur l’île.

Beaucoup de monde dehors mais ils n’entrent pas, ne descendent même pas de vélo !

Les eaux de la petite baie du Guerric ont des reflets vert émeraude, un cormoran plonge, je guette l’endroit où il ressortira.

La voile d’un dériveur léger glisse au loin.

Je suis émue par la beauté du regard vert et profond d’une femme entre deux âges, observant avec beaucoup d’attention chaque oeuvre. Elle ne dit mot et finit par s’en aller, comme à regret.

-« y a quoi à l’intérieur, c’est payant ? »

Quelques mauvaises pensées me traversent -dont je me repens aussitôt intérieurement- concernant notamment l’uniformité vestimentaire des promeneurs qui m’apparait aujourd’hui véritablement stupéfiante.

Toute une famille plonge tour à tour sa main dans le beau bénitier de pierre en entrant, une légère moue de déception faisant trembler leur menton invariablement, ils se signent et parlent tout bas.

Leur foi a toutes les apparences de la sincérité mais ils sont un peu offusqués de la présence des toiles sur les murs de la chapelle, se le disent à mi-voix en tournant la tête à droite et à gauche à l’appui de leur désapprobation.

Je fais semblant de ne pas remarquer leurs regards un peu hostiles, souris en pensée, les laisse faire le tour.

Nous parlons de Sainte Anne à qui est dédiée la chapelle et dont c’est la fête aujourd’hui, de sa représentation sur le retable du XIXe, de la merveilleuse Sainte Anne de Léonard de Vinci qu’ils ont pu admirer au Louvre, de peinture religieuse et finalement des oeuvres de Cécile.



Léonard de Vinci (Vinci, 1452 – Amboise, 1519)

La Vierge à l’Enfant avec sainte Anne © Musée du Louvre/A. Dequier – M. Bard

Nous débattons sur la spiritualité que peut receler l’acte de peindre même si la destination de l’oeuvre n’est pas spécifiquement religieuse. Les enfants tourniquent, s’ennuient.

Ils s’en vont tous après un au-revoir chaleureux.

-« ma femme a perdu son pull !, vous ne l’avez pas vu ? »

-« non, je suis désolée… »



Je vois au loin des grappes de nouveaux arrivants sur la route, me demande lesquels vont entrer et songe à nouveau qu’étrangement, aujourd’hui, nombreux sont ceux qui restent sur le seuil. Je ne sais pas expliquer cette forme particulière de mimétisme qui n’en est pas vraiment un en réalité puisque ce comportement se répète dans des intervalles de temps très distants.



Sicile. 100x80cm, détail

Je note encore un énigmatique mimétisme chez les visiteurs : ils regardent les toiles de si près cet après-midi, que le bout de leur nez effleure presque les concrétions de pigments.

Souvent les îliens qui passent me demandent si je ne m’ennuie pas trop ? Je n’ose leur dire que je ne m’ennuie pas un seul instant,

me croiraient-ils ?

Un très jeune couple d’amoureux, elle en robe à pois courte et légère, les pieds chaussés de ballerines vernies, lui en jean et chemise violette, main dans la main, regardent les toiles une à une. Il caresse son épaule et joue avec la bretelle de sa robe. Ils se sourient, le monde autour d’eux ne semble pas avoir de réalité. Ils sont là avec les oeuvres et plus rien d’autre n’existe, je patiente. Remarquant finalement ma présence, ils me disent trouver cela très beau, aiment qu’il y ait des mots dans les toiles. Moi j’aime qu’ils ne demandent pas comment s’est fait, ni ce que cela représente.

Je remarque que, la plupart du temps, les vacanciers vont par deux : un homme et une femme, deux femmes, presque jamais deux hommes, des enfants dont l’air un peu blasé augmente avec l’âge, jusqu’à la souveraine indifférence de l’adolescence.

Un couple âgé entre très lentement, lui s’appuyant sur une canne métallique qui cliquette sur les carreaux de ciment de la chapelle :

Elle :

-« ça représente quelque chose ? »

Lui :

-« c’est spécial ! »

Elle :

-« c’est un genre… »

Lui :

-« le château à côté, c’est une famille très connue, non ? »

Le vent s’est levé tout à coup, dehors les herbes frissonnent, les feuilles du grand chêne frémissent et s’agitent, Hadès et Ulysse se balancent doucement sur leur fil.

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