Regards croisés

29 juillet 2011
Île-aux-moines, Chapelle du Guerric, pleine mer à 18h50, marée de 69/75,
Exposition de Cécile Donato Soupama, 15e jour

La mer est très basse lorsque j’arrive, même les minuscules flaques d’eau sur le sol de vase crevassé ont des reflets bleus. Le soleil projette des ombres bien nettes sur la route devant la chapelle.

-« Allez, on y va dans la toute petite église, allez papa ! »
– » non, non, attention, tu vas tomber, tiens ta droite »
En quelques coups de pédales, ils ont tourné le coin et je ne les voie plus.
Il semble qu’aujourd’hui l’attraction de la plage soit plus forte que celle de la culture…

Le temps de finir d’écrire ma phrase, et la chapelle se remplit comme pour me contredire. Les premiers visiteurs sont très souriants, je me dis que l’après-midi commence bien.

Deux mouches se poursuivent en vrombissant, elles se déplacent si vite que je n’arrive pas à les suivre des yeux : serait-ce un signe que la chaleur s’installe pour de bon ?

Une dame dont les deux paires de lunettes s’entrechoquent à chaque pas sur sa poitrine crie à son mari sur le seuil de la chapelle :
-« Ah mais moi j’aime bien ! »
Ses mots résonnent très fort, elle se retourne et me regarde, la main devant la bouche, dans une attitude d’excuse : je lui souris.

-« c’est vous Cécile ? »
-« c’est vous l’artiste ? »
-« c’est bien c’que vous faites… »
-« ce sont vos oeuvres ? »

-« je vais prendre deux cartes postales pour participer un peu… »

-« c’est quelle chapelle ici ? »
-« Vous savez où on est sur la carte ? »

Assise sur le seuil un moment, j’observe le vol des oiseaux : ils se reflètent dans le miroir des eaux tranquilles qu’ils frôlent, cormorans et goëlands se croisent en planant avec grâce.

-« Oh, une chapelle transformée en musée, ah mais c’est scandaleux, quelle honte ! »

Une visite des parents de Cécile, des gens tellement chaleureux avec lesquels on se sent bien tout de suite, à qui on a envie de se confier. Son regard à lui brille de mille éclats, sa douceur volubile à elle est si généreuse. Ils sont fiers et heureux de parler de leur fille.

Cécile Donato Soupama dans son atelier © Jaïr Sfez

Comme l’écrit fort bien le philosophe Frédéric François, pour « parler de la peinture de Cécile »,
(…) « On peut partir de l’évidence du choc : telle oeuvre (me/nous) frappe ou nous laisse indifférent. Puis aborder la difficulté à comprendre ce que c’est ce choc, ce qui fait justement que l’évidence de l’oeuvre résiste au bavardage, au discours sur. » (…)

Voir les oeuvres de Cécile à travers le prisme du regard aimant de ses parents est aussi une expérience enrichissante, réellement émouvante et plutôt rare lorsqu’on y réfléchit.
C’est un moment privilégié qui m’a été donné là.

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